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index Séminaire : Justice et Médias

Niamey, 8 au 10 juillet 2003

Le Réseau des Journalistes pour les Droits de l'Homme(RJDH) a organisé à l' intention des médias, du 8 au 10 juillet 2003 au stade Seyni Kountché de Niamey, un séminaire sur le thème "Justice et Médias". Organisé grâce à l'appui de la Fondation Canadienne des Droits de la Personne, ce séminaire vise, entre autres, à renforcer les capacités des journalistes en matière de défense des Droits de l'Homme. A cette occasion, plusieurs magistrats ont intervenu afin d'expliquer à la trentaine de séminaristes le mécanisme de fonctionnement de la justice …

Aux côtés des acteurs traditionnels de défense et de promotion des droits humains que sont entre autres les Etats, les Institutions internationales, les associations de défense des Droits de l'Homme, les médias sont devenus, de nos jours, des acteurs majeurs dans ce combat. Ils tiennent ce rôle grâce à leur audience qui ne cesse de grandir, y compris dans les pays pauvres. Mais les médias ne peuvent jouer efficacement ce rôle si ceux qui les animent, les journalistes notamment, ne comprennent pas le mécanisme de traitement des conflits et autres litiges par la justice ; ils ne peuvent valablement informer les citoyens sur les questions de Droit que s'ils comprennent le langage de cette science qui apparaît " ésotérique " pour le grand public. Le RJDH a voulu prendre en compte toutes ces préoccupations. C'est pour cette raison que la série de communications présentées à l'occasion du séminaire " Médias et Justice " ont pour thème entre autres " L'organisation judiciaire du Niger ", " Présentation du lexique des termes judiciaires courants ", " Le parquet et son rôle dans le déroulement d'une instance " ou " La présomption d'innocence, le droit à un procès équitable et les voies de recours ". Développés par des techniciens du droit (magistrats, avocats), ces thèmes ont été largement décortiqués et ont fait l'objet de débats intenses. Puisqu'ils ont eu face à eux d'éminents juristes, l'occasion était belle pour les journalistes de revisiter le cadre dans lequel s'exerce leur métier. Ils ont ainsi compris davantage sur la loi portant régime de la presse mais aussi eu des éclaircissements par rapport à des aspect sur lesquels cette loi est muette, comme la garde à vue. Sur ce point par exemple, les magistrats leur ont expliqué que les questions qui ne sont pas réglées par la loi portant régime de la presse le sont par le Droit commun. Poursuivant dans la même lancée, le magistrat Haladou Abdoul Karim a précisé aux séminaristes, lors d'une communication qu'il a présentée (" Liberté de presse et secret de l'instruction " ), que si les journalistes ne font pas partie des personnes assujettis au secret professionnel tel que précisé par l'article 221 du code pénale, le fait d'offrir leur antennes ou les colonnes de leurs journaux à des personnes assujettis aux devoirs de réserve, pour violer leur serment, peut les exposer à une poursuite pour complicité.
La rencontre a été également l'occasion pour les uns et les autres de partager les griefs qu'ils se font mutuellement. Les magistrats estiment que les journalistes ne sont familiers aux termes juridiques. Conséquence : en utilisant un terme à la place d'un autre, ils déforment carrément leurs pensées et/ou le sens des décisions de justice. Aussi, ne prenant pas en compte leur méconnaissance de la loi, les animateurs des médias n'hésitent pas parfois à qualifier d' " arbitraire " ou " d'illégale " une décision parfaitement autorisée par la loi.
Pour les journalistes, " la justice est trop lente " et les magistrats se cachent souvent derrière le secret professionnel pour retenir l’information, surtout sur les " affaires croustillantes ". Les débats qui s'en sont suivis ont permis de clarifier les " appréhensions " des uns et des autres.
Ce fut aussi pour les journalistes l'occasion de s'informer sur certaines " dossiers " qui ont défrayé la chronique, comme celui du Sultan de Zinder ou des étudiants de l'université de Niamey.

Médias et Démocratie

Au-delà du rôle spécifique des médias dans la défense des Droits de l'Homme, le séminaire a fait une large part au rapport entre médias et Démocratie. Dans un exposé intitulé " Médias et Démocratie " qu'il a présenté, le sociologue Souley Adji a expliqué que les médias jouent un rôle important dans le renforcement de la Démocratie en légitimant certains de ses principes cardinaux. Par exemple a-t-il déclaré, les médias légitiment la compétition en invitant les hommes politiques à dévoiler leur programmes, en faisant connaître leur vie, en réalisant des émissions afin d'aider les citoyens à mieux connaître les partis en compétition ; ce faisant, ils aident les citoyens à choisir en connaissance de cause. Les médias légitiment également la participation en invitant les citoyens à aller voter, à participer à la vie publique ; ils renforcent la démocratie en faisant la promotion de la diversité (ce qui aide à apaiser les tensions par exemple). Les médias consolident également la démocratie, selon le conférencier, lorsqu'ils organisent des débats pour faire connaître davantage les valeurs dont la démocratie est porteuse et comment les citoyens peuvent jouir de leurs droits.
Souley Adji a également rappelé le rôle combien important joué par les médias dans le renforcement de la démocratie au Niger. Sous la 4ème République par exemple, a-t-il déclaré, à force de dénoncer des abus en tout genre, la presse est devenue la véritable opposition en lieu et place des partis politiques. Mais lorsque les médias évoluent dans un contexte de précarité comme c'est le cas au Niger, le conférencier a reconnu qu'il leur est difficile de jouer pleinement le rôle qu'attend d'eux l'opinion.

Médias " milles collines " et Droits humains

Si les médias renforcent la démocratie en général et jouent un rôle actif dans la promotion et la protection des droits de l'homme, il leur arrive aussi de contribuer à dégrader le climat social, en prônant la violence, ou en essayant de protéger des criminels a rappelé Saïdou Arji, Secrétaire général du RJDH, lors d'une communication intitulée " Médias et Droits humains " qu'il a présentée. Le rôle négatif joué par certains médias dans le génocide rwandais de 1994 et lors des récents conflits en Côte-d'ivoire a été évoqué par le conférencier. Au Niger de même, des médias se sont illustrés par des prises de position largement contraires au respect des droits de l'homme en certaines occasions. La couverture par la presse des événements qui ont conduit à l'assassinat du Général Baré est là pour le prouver. A cette occasion, certaines composantes de la presse, comme pour justifier l'assassinat du Président Baré, s'évertuaient plus à rappeler les violations des Droits de l'Homme auxquelles son régime est responsable, et consacraient peu de place à l'acte d'assassinat dont il a été victime. Intervenant à ce sujet, le président du RJDH, Abdourahamane Ousmane, a précisé que si par le fait qu'il soit mort, le général Baré ne soit pas moins comptable des actes qu'il a posé, il n'en demeure pas moins que son assassinat reste une atteinte grave au droit à la vie.

A prendre en compte le satisfecit général exprimé par les séminaristes et le président du RJDH dans son discours de clôture, on peut dire que le séminaire a apporté un plus à la compréhension qu'ont les jourlistes de la chose judiciaire dans son ensemble et des droits humains en particulier. Si tel est le cas, les préoccupations exprimées par Mme Mariama Keita, Présidente du Conseil Supérieur de la Communication, auront également été prises en compte ; elle qui, en ouvrant le séminaire s'inquiétait des " erreurs regrettables, causant du tort aux justiciables " que commettent les journalistes dans les compte- rendus des procès.

Abba Hassane



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